mardi 22 août 2017 Ajouter à vos favoris       Envoyer à un ami
 
 

Revue Continuum

Continuum 11-12/2015
SOMMAIRE


Edito

Liminaire
 
Yair Biran, Pionnières de la littérature hébraïque: 1882-1948   
Francine Kaufman, « Toute la gloire de la fille du roi est dans son intérieur »
Rony Klein, Eliane Amado Lévy-Valensi: une réponse juive à Freud - Isaac ou Œdipe?

Prose     

Michal Ben Naftali, Esprit, traduit de l'hébreu par Ziva Avram et Arlette Pierrot. 
Agnès Bensimon, Pierre, Papier, Ciseaux
Liliane Limonchick, Un peu de sel et si peu de poivre
Danielle Wortman, Pensées nocturnes (extrait d’un roman en chantier) 
Janine Gdalia, Nuit de néoménie
Léone Jaffin, Rencontre avec trois femmes Hassidiques dans un spa de Floride 
Roselyne Déry, En dédicace
Esther Orner , Portraits de femmes seules parfois accompagnées
Carole Zalberg, A la trace, Journal de Tel Aviv (extraits)


Poésie

Quelques pages d'anthologie: extraits de Chacune a un nom, anthologie de poésie hébraïque établie par Esther Orner  
 
           Zelda, Esther Raab, Léa Goldberg  
           
Poètes israéliennes de langue hébraïque

           Rivka Miriam, Pnina Amit, Maya Bejerano, Hava Pinhas-Cohen, Sabina Messeg, Raquel Chalfi, Haya Ester, Haguit Grossman 


Poètes françaises/francophones

           Jeanine Baude,  Brigitte Gyr, Denise le Dantec, Esther Tellerman, Eva-Maria Berg,  Colette Leinman, Marlena Braester


Cinéma et théâtre           

Dialogue entre la réalisatrice Ziva Postec et Jean-Pierre Lledo sur le film  Les femmes en Israel ; ‘’Variations sur un thème : être israélienne’’. 
Entretien: Esther Orner/ Nadia Ruck : « Nadia Ruck ou Etre soi »  
Malka Ruck, « Travailler avec des femmes pour un public de femmes ».


Israël entre rêve et réalité : Extraits d'interviews par Lucille Cairns

Jean-Luc Allouche, Esther Orner,  Eliette Abécassis, Miriam Anissimov, Karin Bernfeld, Ami Bouganim, Paula Jacques  
 

Dialogue avec Colette Leinman, par David Mendelson


En chantier

 Colette Leinman, Ma mère est orpheline 


Evénements 

Marlena Braester, La grande fête de la poésie: trois rivières et une centaine de poètes – à propos du Festival international de Poésie  - 2014, Trois-Rivières 


In memoriam -  Arlette Pierrot
 
Chroniques littéraires et notes de lecture

David Mendelson, "Mallarmé?... C’est de l’hébreu. A propos des traductions en hébreu des œuvres de Stéphane Mallarmé”.

Simone Wiener, « Jacques le Rider. Les juifs viennois à la belle époque 

Ralph Toledano, Au commencement était le vent de l’Atlantique marocain: Ami Bouganim, Tarédant à bout d’exil

Liliane Limonchik, Noblesse et Dignité d'un Maroc disparu : Ralph Toledano, Un prince à Casablanca; Revoir Tanger 

Colette Leinman, Guta Tyrangiel Benezra, L’Ombre des prejugés. Récit autobiographique,

Shmuel T. Meyer, GARANCE, BAPTISTE, MARCEL, JACQUES… ET L’AUTRE: REVOLUTION AU PARADIS, Yehuda Moraly

Liliane Limonchik, Elissa - ou le mystère d'une écriture: Joseph Boumendil, Enquête sur la vie et l'œuvre d'Elissa Rhaïs
 

 

Editorial
 
En tant qu'écrivaines, nous vivons, d’une part, notre quotidien de femmes et,  d'autre part, celui d'auteures. Cette expérience soulève de nombreuses questions et tout particulièrement le sens de "quotidien d'auteure". Peut-on parler de deux "vécus" distincts, divergents, ou bien existerait-il un interface qui, au lieu de les séparer,  permettrait de générer la résolution de tensions apparemment ou parfois insurmontables ?

Nous pouvons parler d'une double perspective dans laquelle, inévitablement, la relation entre l'écriture et le quotidien se transforme en tension, voire en incompatibilité: comment et dans quelle mesure l'écriture s'inscrit-elle dans le quotidien, et inversement, comment et dans quelle mesure le quotidien s'inscrit-il dans l'écriture? Ce numéro se propose d’interroger cette problématique et de présenter ici l’expression de nombreuses et diverses expériences.

Précédés par une vue d'ensemble sur les écrivaines-pionnières de la littérature hébraïque et leur contribution à la renaissance des lettres hébraïques avant même la création de l'état d'Israël – texte signé par Yaïr Biran - deux cas exemplaires d'appartenance de la femme à la modernité ouvrent le thème choisi. Il s'agit de deux chercheuses  - Francine Kaufman, spécialiste en traductologie, littérature et pensée juive, femme moderne, délibérément hors-cadre, témoignant des signes d'une révolution du judaïsme orthodoxe, mais aussi du déchirement entre deux mondes parallèles; et de cette femme philosophe et psychanalyste qui a vécu elle aussi entre la France et Israël - Eliane Amado-Lévy Valensi, présentée par Rony Klein. 

Des témoignages non-biaisés, ainsi que des textes en prose et des poèmes déploient toutes les nuances du quotidien de chacune des auteures qui font entendre leur voix dans la revue. Cette situation semble réclamer "une chambre à soi": la naissance d'une autre voix chez Michal Ben-Naftali; le début de l'écriture en tant que refuge dans une "chambre de papier" chez  Liliane Limonchik ; le temps morcelé, diffracté de cette présence-absence face aux autres chez Janine Gdalia;  ou bien la chambre noire comme celle du photographe, chez Agnès Bensimon où des sens qui nous avaient échappé se laissent révéler; espace où Esther Orner interroge la solitude des femmes et nous laisse entrouvrir des portes "sur de longs couloirs sombrent qui mènent à des chambres noires et secrètes". 

L'articulation entre le quotidien souvent figé et le créatif est plus énigmatique dans  la poésie;  le poème nous dit de manière déviée soit un lien fort avec la maison et la famille – bien que marqué par le manque et la solitude :  c'est le cas  de  Rivka Miriam, ou de Pnina Amit  ; soit la présence subreptice de l'enfance dans les poèmes de Maya Bejerano ou de Sabina Messeg ; parfois l'infiniment petit et l'infiniment grand vivent l'un dans l'autre, comme dans la poésie de Raquel Chalfi, et parfois les vers sont volcaniques et le bonheur envahit tout, comme dans les poèmes de Haia Ester. La poésie intègre toujours de manière plus subreptice l'univers des femmes poètes; tout ce qui compose leur espace intime, les ingrédients du quotidien peuvent s'y retrouver plus ou moins sublimés dans des poèmes: toute une gamme d’émotions nous frappe - du sentiment de déchirement chez Eva-Maria  Berg et jusqu'à cette fusion allègre dans la Culinaria de Denise le Dantec; des énigmatiques consonances-dissonances de Brigitte Gyr et jusqu'à l'épanouissement des femmes dans la splendeur de leur solitude, dans les poèmes de Jeanine Baude.

Un chapitre différent explore les facettes de l'identité des femmes qui ont consacré une partie de leur vie au théâtre ou au cinéma: le questionnement identitaire  est très prégnant dans les témoignages de Ziva Postec, la réalisatrice de six films-portraits de femmes au cours desquels elle se pose la question de l'identité  et la pose à d'autres femmes aussi; la comédienne Nadia Ruck cherche à exprimer dans le théâtre de multiple identités puisque jouer signifie intérioriser un visage multiple; Malka Ruck, à travers son parcours et son propre passage d'un univers à un autre,  nous met devant le croisement du monde laïc, de celui des femmes orthodoxes et  du théâtre; toutes les trois répondent implicitement à une autre question: comment être israélienne entre le rêve et la réalité ?  

Ce même questionnement est repris dans la partie  Israël entre rêve et réalité à travers une série d'interviews réalisées par Lucille Cairns avec des auteurs juifs – israéliens ou français -  un aspect de leur vie étant l'interrogation : le rapport à Israël, à la terre, à la religion, à la langue hébraïque, aux symboles qui concentrent leur appartenance souvent marquée par de multiples déracinements. Dans la diversité des réponses, nous décelons espoirs et doutes, amour et points de vue critiques, exaltation et réticence, mais toujours Israël en tant que "horizon".

Quant à l'auteur choisi pour être présenté de manière plus approfondie dans la revue, cette fois c'est une auteure: Colette Leinman, qui  en dialogue avec David Mendelson ainsi qu'à travers un extrait d'une œuvre en chantier, déploie devant les lecteurs une perspective doublement enrichissante: entre son œuvre poétique et son œuvre picturale -  qui ne font qu'un – il existe des correspondances à la fois insoupçonnées et évidentes, secrètes et flagrantes.

Le dilemme reste toujours présent: sommes-nous des écrivaines de l'entre-deux, ou bien devrions-nous reconnaître la chance que nous avons de jouir des deux? La gamme des témoignages est très nuancée, tout en laissant entrevoir un dénominateur commun: la continuité, qui semble toujours  plus  forte que la rupture.

L'œuvre est dans la vie et la vie est dans l'œuvre – nous disent presque toutes ces femmes dont la créativité est l'un des traits essentiels de leur vie. 


Marlena Braester


 

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